Deontologie Mentions




Miguel Miranda Vicente, fondateur de cette librairie, était un homme à la vie intense et variée. Nous ne parlerons pas, ici, de sa jeunesse, pleine d'anecdotes, et nous nous concentrerons sur l'étape de l'après guerre, lorsque de nombreuses personnes ont du réorganiser leur vie. C'est alors que Miguel commença à travailler en tant qu'acteur au Théâtre Espagnol de Madrid grâce à des contacts avec certains de ses membres les plus connus et du fait également qu'il était une personne ayant du caractère et des aptitudes pour la scène. Tellement, que pendant presque dix ans il fit partie de la troupe et qu'il prit part à plusieurs tournées nationales et en arriverait même à jouer de rôles de peu d'importance au cinéma comme celui de Panja dans La mies es mucha (José Luis Sáenz de Heredia, 1948). Toutefois, malgré une vie trépidante, Miguel ("Prince Bolsinsky" pour les amis) ne renonçait pas à sa véritable passion: la lecture. C'est ainsi qu'il trouvait toujours un endroit tranquille où s'isoler du monde et se perdre dans les livres; il lisait de tout, il dévorait presque les pages et il en arriva à être un homme d'une grande culture littéraire.


Première Librairie Miguel Miranda
Rue du Prado n.º 17

Cette passion, alliée aux exigences propres de la vie du monde du spectacle, allait le faire réfléchir et entreprendre sa nouvelle vie d'homme marié comme libraire, profession à laquelle il s'initia avec les livres qu'il avait accumulés; en 1949 il ouvrit une boutique dans la rue du Prado au n.º 17, à côté de l'Ateneo, et il va sans dire qu'il s'y échappait dès qu'il le pouvait pour bavarder et débattre de toutes sortes de thèmes. Il avait participé assidument aux causeries qu'organisait Don Pío Baroja dans sa propre maison et en général il y rencontrait toutes sortes d'intellectuels de l'époque, nombreux desquels lui rendraient visite dans sa boutique; avec le temps, celle-ci allait se transformer en un point de rencontre pour les universitaires, les écrivains, les professeurs et une grande diversité de personnes un peu curieuses et colorées, presque autant que les livres que Miguel vendait depuis son petit cagibi littéraire. Sans aucun doute il s'agissait d'un personnage: athéneiste, bibliophile, bohème, intellectuel et un tant soit peu excentrique, en fait il s'agissait d'un individu hors du commun.


Seconde Librairie Miguel Miranda
Rue Lope de Vega n.º 4

Plus tard, Miguel déménagerait sa librairie à la rue Lope de Vega au n.º 4, puisque le succès de l'affaire rendait nécessaire plus d'espace pour ses livres. Et l'on peut dire qu'il le trouva... Cette boutique mérite d'être mentionnée comme ayant été une mystérieuse crypte de la culture. Elle se composait de deux véritables étages, celui de l'entrée et celui du sous-sol, mais le premier (avec ses 5 mètres de hauteur) avait été divisé par des étagères parmi lesquelles il y avait des sols de contreplaqué, de faux murs remplis de livres et de sombres allées sans issue; il n'était pas rare d'entendre la voix éteinte d'un client qui s'était perdu parmi les vieilles reliques, hypnotisé par cette vision. Et pour comble des choses, Miguel était un défenseur actif des araignées et il déclarait "ces êtres sont les ennemis acharnés des xylophages et amis des gnomes" et donc, les toiles d'araignées étaient acceptées. Il y avait des arlequins, de marionnettes et d'étranges poupées qui pendaient du plafond; il y avait également un vieux hibou empaillé (qui se trouve encore dans la boutique actuelle), un buste de Sénèque, des papiers éparpillés et une vieille table de noyer du XVIIIème siècle espagnol –sur laquelle reposait une vieille machine à écrire Remington dont les touches résonnaient d'un bruit sec–. Tout cela représentait, tout juste la porte passée, la première et surprenante vision. Le sous-sol était un lieu interdit, où pratiquement personne n'y était descendu depuis des années; on y accédait par un escalier grinçant et il était tapissé de planches de bois clouées au murs grâce à des listels afin de prévenir les dommages de l'humidité mais qui pouvaient provoquer un certain malaise. A l'intérieur de grandes étagères pleines de caisses s'alignaient symétriquement sur le sol de pierre froid pour former une cave bibliographique; la lumière jaunâtre de quelques ampoules servait à peine à produire un dance d'ombres hypnotique, dessinant un environnement singulier. Et surtout, n'oublions pas les toilettes, l'escalier de service, l'arrière boutique, en fait tout les recoins: tout était absolument rempli de livres, que ce soit sur le sol ou sur des étagères improvisées afin de mettre à profit tout espace. En conclusion, il s'agissait de la librairie d'une personne tout simplement amoureuse de son travail.

Le fils, Miguel Miranda Miravet, resta aux côtés de son père durant un certain temps en tant qu'aide et disciple. A partir de 1980 il ouvrit sa propre boutique dans la rue San Pedro au n.º 7, toujours dans le même secteur. Il faut souligner qu'il fut un pionnier en matière d'informatisation de son inventaire à l'aide d'un ordinateur de 8Mhz, 640 kb de RAM et 20 MB de disque dur, ce qui en ces temps là représentait être à la pointe du progrès. A la mort de son père et fondateur en 1997, c'est le fils qui allait se charger de soutenir toute l'affaire en étroite collaboration avec sa femme, Pilar Barrientos Diez de Oñate. Avec l'arrivée d'un nouveau millenium, un changement d'adresse et un retour à la rue Lope de Vega allait s'effectuer, cette fois ci au n.º 19, où se trouve de nos jours la Librairie Miguel Miranda. Il s'agit d'une boutique qu'il avait achetée avec son père il y a des années et qui les avait beaucoup frappés puisqu'elle se trouve face à la plaque commémorative de Cervantes: en fait, l'entrée de la librairie jouxte le mur du Couvent des Sœurs Trinitarias Descalzas –monument historique du XVIIème siècle où repose l'illustre auteur– et plus précisément la partie où se trouve ladite plaque commémorative. Il faut également dire que la quartier où se trouve cette boutique s'appelle "Barrio des la Letras" (Le Quartier des Lettres) car y vécurent des auteurs tels que Cervantes, Lope de Vega, Quevedo ou Moratín.

Aujourd'hui est Miguel Miranda Barrientos, petit-fils du fondateur d'origine et la troisième génération de libraires, qui prend en charge l'affaire. Son grand objectif, selon ce qu'il dit, est que la librairie ait au moins cent ans.
Troisième Librairie Miguel Miranda
Rue San Pedro n.º 7